Un pavé dans la mare : souriez, vous êtes « margin call » !!!

Bonsoir,

Dans nos sociétés modernes, le besoin de protection et de sécurité  des populations conduisent nos hommes politiques à adopter de nombreuses réglementations tatillonnes, liberticides  et omniprésentes qui déresponsabilisent les individus : rouler avec une ceinture de sécurité, ne pas dépasser 50 en ville, faire appel à des prestataires de façon obligatoire (architecte, notaire), vérifier la compétence des professionnels par des diplômes (coiffeur, boucher, etc…), informer le consommateur (mentions légales), lui donner le droit de changer d’avis (délai de rétractation), le droit de réfléchir (délai de réflexion), l’obliger à s’assurer, adopter des normes de sécurité, faire appel à des bureaux de contrôles, etc…

Autant de ceintures, bretelles, parachutes et airbags sociétaux !

L’investissement en bourse est très éloigné de ce cadre général : dans ce marché dominé par les professionnels, la liberté y est très grande, il y a peu de gardes-fous, et personne n’assure votre protection contre vous-même ou contre les autres compétiteurs. Le corolaire de cela est que votre responsabilité y est pleine et entière :

  • Un investisseur privé qui réussit sur les marchés en toute légalité par ses seules opérations peut donc en être véritablement fier, car il ne doit sa réussite à personne d’autre qu’à lui-même. En affrontant le marché, il s’est mesuré à un des exercices contemporains les plus difficiles. Peu importe l’âge, le physique, le genre, l’orientation sexuelle, la couleur de peau, la religion, les opinions, l’état de santé, la façon de s’exprimer, les diplômes, la famille, le lieu de naissance ou encore celui de résidence, le marché n’a que faire de tous ces critères, qui d’ordinaires sont si discriminants dans notre société moderne. La bourse est une chance pour la méritocratie : faculté de travail, d’analyse et d’anticipation, capacité à exploiter des situations de marché intéressantes, capacité à se discipliner et à suivre un plan :  il n’y a que cela qui compte ! Si vous êtes « bon », vous serez payé à due proportion de la qualité de vos décisions d’investissement ou de désinvestissement. Un point c’est tout !
  • A l’inverse, si un investisseur privé fait de grossières erreurs et qu’il prend des risques inconsidérés, avec beaucoup d’effet de levier, il sera certainement sorti de gré ou de force, du jeu, et sa perte peut être supérieure aux sommes investies. C’est ce qui arrive, par exemple, lorsqu’il est « margin call » sur le Service à Règlement Différé (SRD) et qu’il ne peut pas y faire face.

« Margin call » quesa quo ?

Lors du passage d’un ordre de Bourse sur le marché Euronext, un investisseur a le choix entre une exécution au comptant (il devient immédiatement propriétaire des titres qu’il a acheté et il les paie immédiatement) ou via le service à règlement différé (SRD), auquel cas la liquidation de la transaction est différée à la fin du mois boursier (c’est-à-dire cinq jours de Bourse avant la fin du mois calendaire). En fin de mois, l’investisseur peut dénouer la transaction ou demander un report d’un mois supplémentaire, moyennant le paiement d’une commission.

Depuis l’introduction, en septembre 2000, de ce SRD, l’exécution des ordres au comptant est désormais la règle, le recours au SRD étant donc optionnel et payant. Auparavant existait un autre système assez similaire, du nom de Règlement mensuel. Les ordres étaient passés par défaut au Règlement mensuel (donc différés en fin de mois) sans donner lieu au prélèvement d’une commission, l’investisseur pouvant opter pour le règlement au comptant.

On notera que toutes les valeurs boursières ne sont pas éligibles au SRD : pour l’être, elle doivent soit avoir une capitalisation boursière supérieure à un milliard d’euros, soit être l’objet d’échanges quotidiens moyens d’au moins un million d’euros.

Comme son prédécesseur le Règlement mensuel, le SRD constitue un système de crédit accordé à l’investisseur. Ainsi, par exemple, un investisseur peut acheter des actions pour un montant supérieur à celui dont il dispose sur son compte.

L’investisseur doit disposer de garanties suffisantes pour procéder à des opérations en SRD. La couverture financière préalable est variable selon la nature des actifs détenus en portefeuille.

Taux de couverture pour chaque type d’actifs :

Nature des actifs Taux de couverture minimale Effet de levier
Liquidités ou OPCVM monétaires 20 % 5 fois le montant détenu
Obligations, OPCVM obligataires, liquidités en devises étrangères 25 % 4 fois le montant détenu
Actions ou OPCVM actions 40 % 2,5 fois le montant détenu

Or, utiliser le levier du SRD dans des proportions importante expose l’investisseur (ou plutôt le spéculateur), en cas de moins-values latentes sur ses positions, au dépassement de ce seuil réglementaire. Un tel dépassement conduit l’intermédiaire financier à  demander de reconstituer cette « couverture » ou à solder d’office, tout ou partie des positions, à bref délai.

L’appel de marges (en anglais Margin call) est donc le versement obligatoire de fonds supplémentaires auprès de l’intermédiaire financier, en numéraire ou en titres, par l’intervenant, pour couvrir la dépréciation de sa position ouverte sur le marché, et qui doit être effectué dans un délai assez rapproché, faute de quoi tout ou partie de ses positions seront liquidées.

L’intervenant n’est pas obligé de réinjecter des liquidités, il peut effectuer des arbitrages en vendant des actifs qu’il détient au comptant et récupérer ainsi des liquidités ou réduire ses positions sur le SRD. Il pourra alors rétablir le taux de couverture nécessaire, et éventuellement éviter de constater une perte définitive.

Mais si la moins-value latente est trop importante ou que l’investisseur ne dispose pas des sommes nécessaires à réinvestir pour faire face à la demande de son intermédiaire, toutes les positions seront soldées  d’autorité et la perte latente sera constatée de façon définitive. Cette perte peut être supérieure aux avoirs portés sur le compte titre.

attentionExemple : Monsieur Bruno a versé 10.000 euros sur son compte titre. Grâce à cette marge il achète sur le SRD 50.000 euros d’actions T.

Quelques jours plus tard, une mauvaise nouvelle est annoncée par la société T, qui dévisser instantanément de 22% par rapport au prix d’achat de Monsieur Bruno.

Sa moins-value latente est donc de 22% x 50.000 € = 11.000 euros. Monsieur Bruno ne pouvant pas ajouter les 7800 euros demandés par son courtier ( (50.000 – 11.000) x 20%), l’opération est débouclée d’office par son intermédiaire.

Monsieur Bruno vient de faire une énorme bourde. Il perd son capital de 10.000 euros et son intermédiaire lui réclame 1000 euros supplémentaires pour solder sa dette…

Sur le Service à Règlement Différé, la perte peut donc être plus grande que le montant investi !

Notre recommandation :

  • L’effet de levier est dangereux. Il doit toujours être approché et utilisé avec précautions et jamais au maximum de ce qui est autorisé. Je vous recommande de ne pas utiliser l’effet de levier avant au moins deux années de pratique boursière !
  • La possibilité de devoir ou non répondre à un « appel de marge » doit toujours être envisagé sérieusement avant de prendre une position avec effet de levier, pour éviter d’avoir à solder des positions « au plus mauvais moment ».
  • D’un point de vue stratégique, il est préférable d’utiliser un effet de levier qui ne comprend pas de possibilité d’appel de marge (crédit à la consommation non affecté, avance sur un contrat d’assurance-vie), plutôt qu’un effet de levier où l’appel de marge existe sous une forme ou sous une autre (SRD, marchés à terme, warrants, turbos, etc…).

Bonne soirée et bon week-end.

Stéphane


PS : vos commentaires sont les bienvenus. N’hésitez pas à me poser toutes vos questions …

 

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Les informations délivrées par ce site sont données à titre pédagogique. Elles ne constituent en aucun cas des recommandations d’investissement ou un conseil en investissement financier. Le lecteur se doit d’étudier les risques avant d’effectuer toute transaction. Il est seul responsable de ses décisions d’investissement.
 

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2 réponses

  1. Stéphane dit :

    Bonjour,

    Je ne pense pas que cette façon de vous organiser soit la meilleure.

    Je ne sais pas à quel taux votre courtier vous facture le prêt qu’il vous accorde, mais il est très probable que le taux de cet emprunt soit supérieur au taux de rémunération de votre contrat d’assurance vie en euros (après déduction des frais et de la fiscalité). Au surplus, les intérêts de ce prêt ne sont pas déductibles des revenus issus du placement. Il n’y a donc aucun intérêt à faire cela, en l’absence de véritable effet de levier…

    Alors, dans ces conditions, ne serait-il pas plus simple et plus sage d’investir directement l’argent que vous possédez sur votre contrat d’assurance-vie ?

    Vous pouvez envisager de le faire de façon progressive. Vous pourriez demander à votre assureur de mettre en place un rachat programmé, et d’investir chaque mois une somme fixe, ce qui vous permettra de lisser votre prix de revient dans le temps, et donc de prendre moins de risques.

    En ce qui concerne l’appel de marge éventuel, je serais étonné que vous courtier patiente le temps que vous réalisiez un rachat sur votre contrat d’assurance-vie !

    Relisez les conditions fixées par votre courtier quant aux appels de marge et au temps accordé au client, pour reconstituer la marge nécessaire. Cela se compte généralement en jours (heures ?) et non en semaines, avant que les différentes positions ne soient soldées de façon autoritaire…

    Enfin, j’espère que vous avez intégré, dans votre raisonnement, la nécessité de vous diversifier sur d’autres secteurs d’activité que les REIT, ainsi que la nécessité d’optimiser votre fiscalité au travers de l’enveloppe fiscale « PEA ».

    Si vous n’avez que des REIT dans un compte titre ordinaire, la volatilité sera beaucoup plus forte que si vous êtes diversifié sur plusieurs secteurs de la cote, et la performance de votre portefeuille ne sera pas nécessairement meilleure pour autant…

    Bien cordialement.

    Stéphane

    Les informations délivrées par ce site sont données à titre pédagogique. Elles ne constituent en aucun cas des recommandations d’investissement. Le lecteur se doit d’étudier les risques avant d’effectuer toute transaction. Il est seul responsable de ses décisions d’investissement.

  2. azeug dit :

    Bonjour Stéphane. Merci pour vos articles fort intéressants.

    D’après votre expérience, voyez vous un risque à utiliser la marge x 2 sur des REITS US dans une optique de Buy and Hold et réinvestir de façon mensuel ou trimestriel les dividendes ? Je parle de marge et non de SRD.
    ex : j’ai 100K $ de REITS en portefeuille et j’empreinte 100K$ à mon courtier pour obtenir d’autres reits et diversifier mon portefeuille.
    En gardant en parallèle 100K € sur un contrat d’assurance vie en fond € si besoin pour combler l’appel de marge.
    En mettant en place cette stratégie cela me semble peu risqué non ?
    Risques que je perçois :
    – Une crise, le marché des reits s’effondre ?( je renforce mensuellement avec les dividendes et des rachats sur mon assurance vie pour combler les futurs appels de marge si le portefeuille descend trop bas.)
    -Risque de change $ vs € ? Si le $ monte mes dividendes sont en $, je me renforce cela ne change rien et je peux me couvrir avec des options il me semble…. Si € monte beaucoup, je convertie quelques K€ en $ et profite pour racheter des reits US en $.

    Avantages : Faire doublement travailler mon argent et garder mon cash disponible pour me renforcer ou répondre à un futur appel de marge en cas de crise.
    – délais de rachat/ avance de mon assurance vie ? ( je fais un imprime écran de ma demande de rachat que j’envoie à mon courtier pour que le service risque ne clôture pas la position).

    Il doit y avoir d’autres risques que je n’ai pas pris en compte non ?
    Merci pour votre réponse et bravo pour votre blog.